Symbole de la révolte des gilets jaunes, le rond-point est devenu le carrefour des colères. Magouilles, compétitions entre maires, démesure et parfois mauvais goût... il fait partie de notre paysage et cristallise nos passions.
Depuis les années 1980 et la loi sur la décentralisation qui a donné aux maires et aux élus locaux les moyens de transformer le territoire, la France a vu pousser plus de 50 000 ronds-points, soit plus de la moitié des ronds-points construit dans le reste du monde, et il en pousse encore entre 500 et 800 chaque année dans l’Hexagone.
Le rond-point apparait comme une fierté locale, un marqueur d’identité et de distinction par rapport à la commune voisine. C’est également un business juteux, qui, sous couvert de s’intéresser à la sécurité routière, profite aux élus locaux et aux entreprises de BTP.
Mais quel est le coût moyen de cette lubie nationale ?
Coincés entre une départementale et une nationale, à l’entrée d’une ville, à la sortie d’un village, au centre de même de la commune, dans les zones commerciales, entre deux échangeurs d’autoroute, pour promouvoir une région, une identité, un artisanat ou des spécialités locales, les carrefours giratoires sont partout.
Certains des ronds-points sont décorés ou ornementés d’œuvres, d’édifices ou de réalisations plus ou moins artistiques, ça s’appelle de « l’art giratoire ». Ces œuvres d’arts contemporaines « mal aimées », sont coincées entre les gaz des pots d’échappement, les regards toujours furtifs, parfois critiques, parfois amusés. On ne vient pas les voir à pied, une sorte de « drive in » de l’art
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Ce projet a pour ambition d’enquêter en profondeur sur ce phénomène franco-français, le patrimoine qu’il a fait émerger sur le territoire et les ramifications qui s’y croisent, qu’elles soient politiques, sociologies, artistiques.
Par le biais d’un inventaire photographique, il prend la forme d’une enquête sur la manière dont le rond-point fait partie du paysage : quelle est sa place au niveau culturel et artistique ? Quels sont les enjeux urbanistiques et sociologiques ? Qui décide de son implantation ? Quelle est sa place dans le paysage artistique ?
Comment choisi-t-on les artistes ? Quelles sont les contraintes ? Quelles sont les formes atypiques ou les stéréotypes ? Etc.
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© Ivan Guilbert

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